Le Qatar finance Takashi Murakami à Versailles

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Takashi Murakami à Versailles au printemps 2010 ? C’est ce qu’annonce Le Journal des Arts. La nouvelle laisse totalement perplexe… Murakami, certes, on adore, surtout les couleurs acidulées de l’artiste japonais, sa fougue picturale et son univers enfantin joyeux et unique. Mais à Versailles ?? Non, je ne vois vraiment pas… Je ne parviens pas à associer l’image de la reine de France à la jeune héroïne du film d’animation « Superflat First Love ». Une certaine forme de romantisme, des créations psychédéliques, soit ! Mais aucune adéquation à mon sens entre les oeuvres et le lieu… sinon une forme d’outrance qui commence à brouiller ce qui était à l’origine une bonne idée, celle de marier artistes d’hier et d’aujourd’hui, de confronter leur approche en enjambant allègrement les siècles. Cette expo à venir, dont le Qatar serait le principal mécène, m’inspire -a priori- beaucoup de réticences. Les oeuvres de Murakami, dont certaines sont issues de collections étrangères, devraient être ensuite expédiées à Doha, pour le festival des arts du Qatar prévu à l’automne suivant.
J’ai aussi une pensée inquiète pour le visiteur qui -prenons les paris !- devra débourser au minimum 15 euros pour un billet global (appartements royaux obligatoires + exposition temporaire). Vous avez payé pour voir les appartements royaux avec Jeff Koons, payé pour les revoir avec Xavier Veilhan, préparez-vous à payer une nouvelle fois avec Takashi Murakami. L’art hors de portée de toutes les bourses !

16 Commentaires

  1. N’importe quoi à Versailles.
    L’essentiel c’est que les caisses se remplissent.
    Tout est bon sutout le scandale.
    Merci monsieur Aillagon.

  2. Bonjour chère et excellente collègue blogueuse
    Le béotien et quasi Versaillais que je suis apprécie toujours beaucoup vos billets.
    S’agissant des expos palatiales, à mon très humble avis c’est d’autant mieux que ça tranche avec l’univers et le style très marqué du lieu.
    C’est sans doute pourquoi j’ai bcp aimé l’expo de Jeff Koons et moins celle de Veilhan.
    Pour Murakami j’attends de voir
    Bonne journée

  3. 15 euros, oui, c’est beaucoup trop cher. D’ailleurs, le JdA a souligné cette politique tarifaire fort honéreuse du Château de Versailles.
    A part ça, Murakami à Versailles, pourquoi pas. C’est dans l’exubérance graphique, mi-pop mi-manga, de Murakami que le raccord pourra se faire avec le foisonnement des ors, des tapisseries et des dorures du Roi-Soleil. En 2010, le Soleil Levant a rendez-vous avec le Roi-Soleil et les Grandes Eaux du Parc royal, à suivre…

  4. « Mais à Versailles ?? Non, je ne vois vraiment pas… Je ne parviens pas à associer l’image de la reine de France à la jeune héroïne du film d’animation « Superflat First Love ». »
    Je ne vois pas en quoi Murakami (ou tout autre artiste) serait moins enclin à figurer à Versailles que Koons ou Veilhan… En quoi un lapin géant en acier ou un Youri Gagarine s’associent davantage à l’image de la Reine de France qu’une héroine de manga ? Le plus important à mon sens dans l’histoire est que les instigateurs de ces expos parviennent à amener l’Art Contemporain dans un des lieux les plus touristiques du monde, aidant ainsi à la démocratisation de l’AC. Evidemment, il y a un intérêt financier derrière mais cela n’a rien de nouveau… Le public est et sera toujours une vache à lait. Et ceux qui veulent voir du Murakami gratuitement peuvent toujours se rendre chez Perrotin.

  5. Mais à Versailles,il y a aussi la Maréchalerie, ce centre d’art contemporain en face de la gare RER (Rive-gauche), et à 2 pas du château.Les expositions n’y sont jamais inintéressantes,car souvent elles investissent le lieu totalement.Gratuit.

  6. Ce qui était terrible et que l’on ne voit pas la ce sont les barrière qui « protège » le carrosse de Veilhan, qu’en sera t il des pièces de Murakami, nous verrons…
    Bientôt Cattelan aussi, chouette…
    Un jour peut être, dans une autre vie, je serai exposé là bas… en attendant il y a à voir : http://www.lifeproof.fr/ un blog qui se consacre lui aussi à l’art, tu connaissais?

  7. Je trouve au contraire que cela est une très bonne idée. Murakami à Versailles ça serait super, surtout si il y a toute les oeuvres qui étaient exposé au musée d’art de Brooklyn N.Y.
    Et pour le prix hypothétique, si le prix imaginé, est celui qui sera mis en place, je dirais que l’on a rien sans rien. Après on peut voir aussi du Murakami gratuitement aussi en ce moment à Galerie Perrotin mais la démarche n’est pas la même.
    See you.

  8. Si choix d’un artiste dépend selon vous de sa réussite commerciale et de la vente des places, mais alors on se tape depuis bien longtemps de sa valeur artistique!
    Une œuvre d’art reste une œuvre n’importe où, aussi bien à Versailles qu’à Drancy. Versailles est le lieu chic où se rencontrent aujourd’hui les courtisans de notre temps, c’est pourquoi cet espace très symbolique attire vers lui l’obscénité financière de l’art contemporain des corporations et des grandes marques. On ne va pas quand même organiser l’orgie culturelle à Disneyland? Et de toute façon, ce n’est même pas Versailles qui fera perdre ou gagner à l’œuvre d’art sa valeur. C’est là principalement où loge l’amalgame que la politique culturelle et touristique cherche à produire entre le faste culturel et l’art.
    Si Versailles renvoie fatalement aussi à Dubaï et à la mondialisation, c’est que Paris a perdu depuis belle lurette son rôle de phare culturel. Il cherche désespérément à recréer son terrain fertile à l’aide du faste patrimonial et du marché de l’art défunt de nos années surréalistes, à mixer (très pop’) luxe et publicité par l’objet, pour faire de l’art. Alors que l’art n’est pas du tout le serviteur du luxe ou du superflu, c’est le monde politique qui s’attache à conserver sa pôle position dans ce domaine. L’art touche au cœur notre quotidien dinon, il se pourrit de l’intérieur.
    Calculer combien va rapporter un évènement artistique et modifier l’objet d’art en fonction de sa réception n’est pas nouveau, ce qu’on appelle plus élégamment « l’esthétique de la réception ». La nouveauté, c’est que les entreprises se sont emparées du marché de l’art mondialisé, se sont appropriées le domaine artistique pour se faire bonne conscience et se racheter une conduite.
    La « Nuit blanche » ou Versailles offrent une même espèce de promiscuité : un monstre fait de formes vaguement artistiques, de l’art quoi !, et un dispositif promotionnel et financier élargis. Promotions destinées à nourrir le bon peuple de ses valeurs dominantes, parce que sans lui, pas de devoir et mission républicaine. Difficile algèbre entre ces deux paradoxes et en même temps, rien de moins scandaleux pour des formes si souriantes. Le dispositif combiné n’en fait pas moins l’arnaque et le kidnapping les plus éloquents, pour ne pas dire dramatiques, que les ventes privées et publiques exercent sur le marché de l’art et son mouvement interne. Il n’est même plus question de classe sociale à ce stade de l’orgie, car les artistes qui adoptent ce nom avec un souci moral, contrairement à certains syndicats qui pactisent avec le pouvoir, ont encore la délicatesse de renvoyer à la réalité de nos classes sociales préexistantes.
    Le scandale n’est plus depuis bien longtemps d’ordre artistique. Il est financier, et c’est de cela dont vous êtes dupe Alexia. Rien que votre formation de médiatrice culturelle transpire la contradiction par rapport au dispositif en place. Il semble normal à un moment donné, à partir de ce papier et cet aveu, en l’occurrence tellement touchant :
    « je ne parviens pas à associer l’image de la reine de France à la jeune héroïne du film d’animation « Superflat First Love ». Une certaine forme de romantisme, des créations psychédéliques, soit ! Mais aucune adéquation à mon sens entre les œuvres et le lieu… sinon une forme d’outrance qui commence à brouiller ce qui était à l’origine une bonne idée, celle de marier artistes d’hier et d’aujourd’hui, de confronter leur approche en enjambant allègrement les siècles ».
    C’est ici que le dispositif vous plombe : votre coup de colère est symptomatique de vos propres limites (et des miennes d’ailleurs) vis-à-vis de l’art. He oui! on revient toujours à la même question, est-ce vendable? Comme l’infini chez Hegel, il y aurait en art le bon scandale du mauvais scandale. Le juste scandale consiste à ne pas ralentir le flot de béotiens qui ne vont ne rien y comprendre, mais qui vont banquer leur ticket plein pot/
    L’art meurt de ceux qui le font prospérer. Et la question en somme complètement ridicule : Murakami dépareillerait-il à Versailles? Se mort la queue. Nous avons déjà dépassé ce paradoxe, le supermarché en bas de chez vous aurait déjà dû vous alerter. N’importe quoi d’autre peut se marier avec de la pierre, avec les valeurs liquidées quotidiennement par le buisiness : Mickey, Danone, une marque de bagnole, ou de celle d’un artiste qui a une bonne côte? Peu importe… A Versailles, c’est cette pseudo-incongruité qui donne le ton à l’escroquerie intellectuelle que dont vous faites, mademoiselle, la promotion hebdomadaire.

  9. Mais Indfrisable, à vous lire avec votre prose de gauchiste bien-pensant, digne héritier de Guy Debord & Co, on fait quoi alors ?
    On n’expose plus rien. On ne montre plus Murakami ou Veilhan à Versailles, on ne met plus en avant les plasticiens français à Beaubourg, espace 315, on ferme la FIAC, on quitte Art Basel et on se couche ?
    Un conseil, afin de voir que  » l’argent et l’art c’est pas forcément sale  » et qu’il y a toujours eu des vases communicants entre artistes, marchands, critiques et collectionneurs, allez voir l’expo Véronèse, Titien, Tintoret au Louvre (vous y verrez de grosses rivalités entre artistes pour remporter des commandes lancées par des Scuole vénitiennes et familles d’aristocrates richissimes) et allez voir la peinture hollandaise à la Pinacothèque de Paname où l’on apprend que c’est la grande prospérité économique de la Hollande (les marchands se faisaient volontiers collectionneurs et possesseurs de tableaux) qui a permis le Siècle d’Or de l’art pictural, avec Vermeer, Ruiysdael Jacob, Rembrandt et autres Franz Hals. Rien que ça. Et il n’y avait pas un marché de l’art du temps du Roi-Soleil et de son écurie d’artistes (Le Brun, Sully, Le Nôtre, Molière…) ?
    Franchement, marre du ton de saule pleureur vis à vis du marché de l’art contemporain. Depuis la nuit des temps, il y a toujours eu l’art et un marché autour. Et l’on sait bien que le musée, allant de paire avec une volonté égalitaire et démocratique (superbe invention d’ailleurs), n’est qu’une invention assez récente.
    On écoute les gauchistes, les donneurs de leçons, les ratiocineurs, on retombe fissa au niveau bas de plafond, à l’égalité soporifique grisâtre et on recrée du réalisme socialiste de chiottes ? Vous voulez ça ?! Non merci ! Je préfère l’art libre et les foires, qu’elles soient d’empoigne ou marchandes, ou les deux.

  10. Vous connaissez le distingo forcément « gauchiste » de La République des Arts (ou de la littérature) du marché de l’art? Pascale Casanova, disciple de Bourdieu, doit être aussi une dangereuse gauchiste.Et pourtant, elle montre qu’il existe, en dehors du marché de l’art, un espace de création qui tient. Mais la qualité de ce que vous défendez ne vous alarme pas, vous êtes autant dans l’emprise de l’idéologie (de droite), mais l’admettrez-vous ici? Le fait est que vous faites un site de courtisant, la gueule couchée devant les forces au pouvoir. Sous la gauche et Lang, c’était la même chose du reste, Buren s’est à son tour couché pour la réussite et le décorum. Et vous, savez-vous que le Louvre, qui est une si belle invention comme vous dites, est le résultat d’un pillage des campagnes de l’Empire, et que cette tradition continue aujourd’hui avec le Musée des arts Premiers. Savez-vous qu’il n’est pas évident qu’en France, un historien d’origine africaine soit reconnu comme spécialiste de la Rennaissance? Les préjugés ont la vie dure, et mon discours ou d’autres, ou celui que Pierre Bourdieu a lu par exemple devant un parterre de décideurs du monde de l’entreprise, qui peut les mettre en garde de leur destruction du monde de l’art et des artistes qui croupissent dans leur solitude, parce qu’ils ne sont pas assez « tendance », ou qu’ils ne savent pas « communiquer »?
    Parlez-nous d’artistes que vous découvrez par vous-même, et non pas des dossiers de presse et consorts…sinon vous resterez la victime du capitalisme, comme ceux qui ont avalé le Réalisme socialiste. Votre prétention n’est-elle pas celle de nous éduquer? Cette démagogie est en train de mourir. Vous n’êtes ni notre coach, ni notre éducateur social. Il n’y a pas de pédagogie qui tienne en matière d’art, sinon, c’est de la flûte

  11. Indfrisable, je ne sais si vous m’adressez la parole ou si vous parlez à l’auteure de ce blog. (Par exemple, je suis d’accord avec certains de vos commentaires critiques concernant la légèreté de ce blog, trop dare et pas assez d’art, génération du zapping, hélas, oblige).
    Juste une chose, concernant votre intervention précédente, on peut être de gauche sans être gauchiste, de même on peut être de droite sans être assoiffé par l’argent. Dans votre prose, on ressent une radicalité (de surface ?) qui se complaît dans les étiquetages, les tiroirs, les marquages. Méfiez-vous, les lignes bougent, les vases communicants existent. J’ai l’impression, à vous lire, que vous tombez, les deux pieds, dans le syndrome de l’internet généralisé : à savoir l’idée selon laquelle – comme si en France on était en Chine communiste ou impérialiste – que TOUS les journalistes nous mentent, sont des vendus à la solde du pouvoir économique & politique, et que le complot est PARTOUT. Avec pour rengaine :  » Mon Dieu, Pierre Bourdieu, reviens ! Et sauve le monde !!! Amen.  » !
    PS : tout ce que vous écrivez n’est pas faux mais c’est votre ton systématique, limite saule pleureur, qui frise par moments l’ennui parce tombant trop facilement dans des lieux communs d’une pensée hiérarchique et verticale, se rassurant avec ses certitudes. Un peu d’air bon sang !

  12. Non, ma critique n’était pas du tout dirigée contre vous. Peut-être ai-je tendance à trop exagérer les choses, mais je suis en colère quand j’entends dire que le marché a toujours existé, et que ma vision est trop politisée. Parce que la vision d’Alexia est complètement politisée. Les valeurs politiques à droite, et Pierre Bourdieu avait vraiment raison sur ce point, circulent de façon neutralisée (je vous renvoie à son premier texte des Actes). Le discours critique lui, se prononce ouvertement, livre peut-être trop rapidement ses batteries, et devient critiquable, et je ne vois pas pourquoi celui d’Alexia ne le serait pas plus?

  13. Sur le point qu’Alexia ne s’engage pas assez, je suis tout à fait de votre avis. C’est trop light. Mais bon, c’est son droit d’adopter un  » ton sourire « .
    Pour le reste, je vous rejoins tout à fait dans l’idée que tout est politique. Ca m’amuse d’entendre parfois  » je ne fais pas de politique « , car dire cela, c’est déjà un acte politique.
    La politique, la cité, l’esprit humain et ses combats, l’art…, tout se tient.

  14. Je vous connais un peu Vince à travers ce blog, j’ai compris que nous sommes à peu près sur la même longueur d’onde. L’art est beaucoup plus positionné politiquement qu’on ne le croit, et ceux qui revendiquent ou non certaines thématiques ne sont pas tous conscients des sources d’où elles émergent. Ceci dit, au niveau d’une réception ouverte, le fait que Baudrillard ait donné dans Krisis ses positions contre un certain art contemporain ne me pose pas de problème, puisqu’il ne s’agît que des siennes, et pas de celles de l’organe douteux qui l’accueillait, en 1996 (on se souvient du tollé que l’affaire avait faite). On n’a pas eu dans cette affaire un rejet détaillé au niveau des artistes mais des postures sociales des institutions aussi. Tout comme Bourdieu ne va pas s’empêcher idéologiquement d’aller signaler les dangers du merchandising artistique devant un parterre de grands patrons. C’est cette attitude critique que Alexia ne me pardonne pas. Il faudrait soit dans son périmètre protéger, à se faire consensuel.

  15. (pardon, la dernière phrase est mauvaise)
    il faudrait se restreindre à son périmètre, bien protégé des attaques, et accepter le consensus de l’ordre des choses …

  16. Je suis ignare en matière d’art contemporain, mais je suis effarée à l’idée que Takashi Murakami expose au château de Versailles ses sculptures – vendues 15 millions d’euros pièce – du Lonesome Cowboy et The Milk…
    Mais je ne m’étonne plus de rien, après avoir vu au Lieu Unique de Nantes une exposition de bassines en plastique, pelles à poussière, ou l’inénarrable Estuaire 2007 avec son canard dégonflé au bout de quelques jours et la « maison à moitié coulée » qui a totalement sombré… le snobisme coûte très cher au petit peuple dont je fais partie (qui dans vos bouches génère le « populisme » dès que l’on n’est pas d’accord avec vos arguties).
    Au fait, l’orthographe ne semble pas faire partie de vos priorités… mais il est vrai que, comme l’art « classique » (celui qui est destiné au plaisir de la masse…) son respect est une valeur en voie de disparition.

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